In Memoriam



Léo Raynault (1912-2008)


À Repentigny, le 22 septembre 2008, décédait à l’âge de 96 ans et un mois Léo Raynault, agronome-entomologiste. Monsieur Raynault eut une vie très active. Il fit ses études classiques au Collège de l’Assomption, obtint un L.S.A. à l’École d’agriculture de La Pocatière (1942) et une L.Sc. à l’Université de Montréal (1946). Il se spécialisa en entomologie au Collège Macdonald et à l’Université Cornell. De 1942 à 1962, il dirigea le laboratoire régional de Saint-Martin dédié à l’étude des ravageurs des plantes légumières. Il fut le dernier professeur d’entomologie à l’institut agricole d’Oka de 1950 à 1962, date de la fermeture de l’Institut. Il enseigna l’entomologie à l’Institut de botanique de Montréal et à l’Institut de technologie agricole de Saint-Hyacinthe, en plus d’occuper plusieurs fonctions au ministère de l’Agriculture du Québec. Pendant de nombreuses années, il fut un chroniqueur assidu à Radio-Canada dans les émissions D’un soleil à l’autre et CBF Bonjour.

La musique occupa une place importante dans la vie de Monsieur Raynault. Récipiendaire du prix d’Europe, il fut pianiste, organiste et chef de chœur. Pendant 33 ans, il fut organiste à la paroisse Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle, à Montréal. De plus, il siégea au conseil d’administration de nombreuses sociétés culturelles. Parmi ses élèves de l’Institut agricole d’Oka, encore vivants, qui ont choisi de faire carrière en entomologie, nous comptons Lucien Huot, Luc Jobin, Marcel Mailloux et Jean-Marie Perron. À ce jour, il est l’entomologiste québécois qui eut la plus longue durée de vie, suivi de près par Gustave Chagnon.

Monsieur Raynault avait été nommé membre honoraire de la SEQ en 1980 et membre émérite en 1991. Un «Visage» rédigé par Claude Ritchot et Gilles Bonneau lui a été consacré dans le numéro du printemps 1998 d’Antennae. De plus, il sera aussi question de Monsieur Raynault dans un texte portant sur l’enseignement de l’entomologie à l’Institut agricole d’Oka à paraître dans nos pages au cours de l’année 2010.

Jean-Marie Perron et Christine Jean
Une partie de ce texte a été publié dans le Bulletin de l’Entomofaune de juin 2009.




Claude Ritchot (1931-2008)


Le 20 mai dernier, à l’hôpital Honoré-Mercier de Saint-Hyacinthe, est décédé d’une fibrose pulmonaire le Dr Claude Ritchot, âgé de 76 ans.

Fort apprécié de ses collègues, Claude Ritchot était un homme simple, respectueux et éminemment sympathique.

Claude Ritchot avait complété ses études en agronomie en 1958 à l’Institut agricole d’Oka (Université de Montréal). Il a poursuivi ses études supérieures en entomologie à l’Université McGill où il a terminé une maîtrise en 1960 et a obtenu un doctorat en 1968, sous la direction du Dr F.O. Morrison. Dans le cadre de ses études, il avait mis au point une diète synthétique pour l’élevage du grillon domestique qui est encore utilisée aujourd’hui. Il a œuvré pendant toute sa carrière d’entomologiste au ministère de l’Agriculture du Québec. Ses travaux en recherche ont d’abord porté sur la biologie et la répression des insectes des crucifères. Puis, il s’est intéressé aux insectes du maïs, principalement à la pyrale du maïs. Claude Ritchot fut le premier avertisseur du réseau maïs sucré du Réseau d’avertissements phytosanitaires du Québec. Il occupa cette fonction jusqu’à sa retraite du MAPAQ en 1992. Par la suite, entre les parties de golf qu’il chérissait, il est demeuré actif pendant quelques années comme consultant, à temps partiel et surtout l’été.

Durant sa carrière, il publia plusieurs articles scientifiques et textes de vulgarisation. Il fut honoré par plusieurs groupements d’agriculteurs et par des sociétés scientifiques. Entre autres, il a été récipiendaire, en 1990, de l'Ordre du Mérite agronomique remis par l’Ordre des agronomes du Québec. En 1991, la Société d’entomologie du Québec le nomma membre honoraire.

Sa bonhomie demeurera gravée dans notre mémoire.  


Christine Jean, avec la collaboration de Gilles Émond et Josée Boisclair  




Edgar J. LeRoux (1922-2007)

Le Dr. Edgar J. LeRoux est décédé à Ottawa le 13 octobre 2007 à l’âge de 85 ans. Au cours de sa carrière, il a été chercheur en entomologie fruitière à la Station de recherche d’Agriculture Canada à Saint-Jean-sur-Richelieu, professeur au Collège Macdonald et sous-ministre adjoint à la recherche à Agriculture Canada.

Il avait été président de la Société d’entomologie du Québec en 1965-66 et en avait été nommé membre émérite en 1989.


Charles Vincent  




Jacques de Tonnancour (1917-2005)

Le 13 janvier dernier, à l’âge de 88 ans, est décédé Monsieur Jacques de Tonnancour, figure importante de la peinture et de l’entomologie au Québec. Il avait été nommé membre émérite de la Société d’entomologie du Québec en 1994. 

Dès l’enfance, Jacques de Tonnancour s’intéresse aux insectes, il en posséde déjà une collection. Puis à l’adolescence, ses intérêts sont beaucoup partagés entre les insectes et le dessin. Au moment de faire un choix de carrière, il opte pour des études à l’École des Beaux-Arts de Montréal où il entre en 1937. Il quitte deux ans plus tard, considérant trop conformiste l’enseignement qu’il y recevait. Il n’abandonne pas pour autant la peinture et ces années marquent le début de sa carrière artistique. Pédagogue très apprécié, il enseignera ensuite à l’École des Beaux-Arts, puis à l’UQAM. 

Pendant tout ce temps, son amour de la nature et son intérêt pour les insectes ne le quittent pas. Ainsi, au moment de sa retraite, il crée toute une surprise en annonçant qu’il abandonne la peinture pour se consacrer à l’entomologie et à la photo d’insectes. Cette décision faisait suite à un voyage en Amérique tropicale qui l’avait mis en contact avec des insectes exotiques, lesquels avaient meublé ses rêves d’enfant. 

Monsieur de Tonnancour a beaucoup voyagé dans les pays tropicaux du globe et il possédait une prestigieuse collection d’insectes. D’ailleurs, Yanick Villedieu, animateur de l’émission Les années-lumière à Radio-Canada, dit qu’« il avait élevé sa collection d’insectes à l’état d’œuvre d’art. C’est un bijou! » De plus, en 2002, il avait publié Les insectes : monstres ou splendeurs cachées, un magnifique livre illustré de ses photos. 

Au sein de la communauté entomologique québécoise, Jacques de Tonnancour agissait fréquemment comme conférencier aux réunions organisées mensuellement par l’Association des entomologistes amateurs du Québec (AEAQ). Ces présentations contribuaient largement à communiquer sa passion aux jeunes et moins jeunes qui assistent à ces rencontres, à leur faire voir la beauté des insectes. Il prenait grand plaisir à présenter ses photos et à expliquer les particularités de chaque insecte, à décrire leur milieu de vie, leur écologie. Il apportait également des détails techniques concernant la prise des photos. 

Heureusement, nous pourrons continuer d’admirer l’exposition Magie des insectes, qui a été réalisée par l’Insectarium de Montréal en 1994 avec la collaboration de Monsieur de Tonnancour, et qui est toujours en circulation au Québec. 


Christine Jean




Rodolphe Omer Paradis, (1923-2000)

Le 15 mars 2000 est décédé, à l’âge de 76 ans, Rodolphe O. Paradis, un entomologiste éminent du Québec. Dans le numéro Hiver 1997 (vol. 5, No. 1, p. 14) de la revue Antennae et dans les Echos Phytosanitaires de Juin 1988 (No. 34) , des textes sont parus pour souligner sa carrière et, à sa mémoire, nous reprenons ici quelques éléments de ces textes. Né le 27 août 1923 à Saint-Bernard de Dorchester, il obtint un Baccalauréat en sciences agricoles de l’Ecole d’Agriculture de La Pocatière (1950), une M.Sc. en entomologie de l’Université Laval (1953) et un Ph. D. de l’Université McGill (1964). Il fit carrière en tant que chercheur sur les ravageurs du pommier et des petits fruits à la Station de recherches d’Agriculture Canada à Saint-Jean-sur-Richelieu de 1950 jusqu’à sa retraite en 1982. 

Le Dr. Paradis a oeuvré au sein de plusieurs sociétés scientifiques. Il a été, entre autres, président de la Société de Protection des Plantes du Québec (SPPQ) en 1965-66 et président de la Société d’entomologie du Québec (SEQ) en 1972-73. De plus, il a été éditeur des Annales de la Société d’entomologie du Québec de 1967 à 1977 et du Canadian Journal of Plant Sciences de 1970 à 1973. Pour souligner sa contribution à l’entomologie, la Société d’entomologie du Canada lui a remis le titre de Fellow en 1975 tandis que la SEQ le nomma membre honoraire en 1983 et la SPPQ lui décerna la même distinction en 1988. 

En tant qu’agronome, le Dr. Paradis a toujours eu pour principe que son travail se devait d’être pratique afin que les producteurs puissent en retirer profit le plus rapidement possible. A ce titre, il a grandement collaboré à la rédaction de documents de vulgarisation. Il y aurait beaucoup d’anecdotes à raconter à son sujet. Quoiqu’étant un homme en apparence réservé, il manquait rarement une occasion pour pousser une bonne blague. Ainsi, il a déjà raconté que ses initiales, R.O.P., signifiaient « report on productivity ». 

Il laisse dans le deuil son épouse, Jeannine Moore, trois fils (Martin, Charles et Patrice), et quatre petits-enfants.


Marcel Mailloux et Charles Vincent  Saint-Jean-sur-Richelieu, Qc  




W. A. Smirnoff (1917-2000)

C'est avec regret que nous avons appris le décès du docteur W.A. Smirnoff survenu le 1er novembre 2000 à son domicile de Sainte-Foy près de Québec, à l'âge de 83 ans. Il laisse dans le deuil son épouse Alexandra, ses filles, Nathalie, Olga et Tania, leurs époux, enfants et petits enfants.

Né à Saint-Petersbourg en 1917, Dr. Smirnoff y complète ses études universitaires à l'Institut forestier de l'Union Soviétique qui lui confère le grade d'ingénieur forestier; à l'Académie forestière, il obtient un doctorat en entomologie (lutte biologique). Il s'intéresse très rapidement aux difficultés de la protection des forêts contre les insectes nuisibles. La fin de la Seconde guerre mondiale le voit fuir de l'URSS en compagnie de son épouse et de leur première fille. À partir de 1947, il occupe un poste de chercheur scientifique au sein de l'INRA et effectue au Maroc, durant 10 ans, d’importantes recherches sur le contrôle de la cochenille du palmier dattier; ses travaux l'ont souvent fait parcourir le Sahara. Il obtient à la fin de cette période un doctorat ès Sciences de l'Université de la Sorbonne.

En 1957, il devient chercheur en pathologie des insectes au sein du Service canadien des forêts (SCF) à Sainte-Foy. Ses premières recherches l'ont amené à isoler une souche très active du virus de la polyédrose nucléaire du diprion de Swaine (Neodiprion swainei), un hyménoptère causant de très sérieux dommages aux forêts de pins gris. Également, durant 28 ans, il a participé très activement au développement et à la reconnaissance de la pathologie des insectes. Il isole en particulier plusieurs micro-organismes entomopathogènes. Cependant sa plus grande contribution au concept de lutte biologique contre les insectes forestiers nuisibles est sans doute sa force de persuasion pour convaincre les gestionnaires des ressources forestières et la société canadienne en général d'utiliser des préparations de l'insecticide microbien Bacillus thuringiensis (Bt) pour contrôler les épidémies de la tordeuse des bourgeons de l'épinette, l'insecte le plus destructeur des forêts de conifères du continent nord américain. Certaines de ces suspensions de Bt ont été développées au Centre de foresterie des Laurentides (CFL). Il faut aussi noter que plusieurs des recherches ont été effectuées à la station de recherches de Chûte-aux-Galets, près de Chicoutimi. Grâce à lui, plusieurs chercheurs et étudiants du Canada et du monde entier ont pu s’y familiariser avec la lutte biologique contre les insectes nuisibles; ce laboratoire était mondialement connu à l'époque. En fait, devant les commissaires éberlués du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, il n'hésita pas une seconde à boire un verre de suspension Bt afin d'en prouver l'innocuité et la sécurité d'utilisation. C'est de cette façon que ce bacille a remplacé les pesticides chimiques et qu'il est devenu l'insecticide microbien de choix pour le contrôle de la tordeuse et des lépidoptères forestiers nuisibles au Canada et aux États-Unis.

Au cours de sa carrière et avant de prendre sa retraite en 1984, il publia plus de 300 articles scientifiques et reçut également de nombreuses décorations. Il fut nommé chercheur émérite au Service canadien des forêts. Il reçut le Prix Parizeau décerné par l'Association canadienne française pour l'avancement des sciences (ACFAS), la médaille de l'Ordre des chimistes du Canada, le Mérite de l'Ordre des ingénieurs forestiers du Québec, et l'Ordre du Canada en 1997, dont il était très fier. Il était membre honoraire de l'Association des biologistes du Québec, ainsi que membre émérite de la Société d’entomologie du Québec. Il a également occupé le poste de professeur émérite à l'Université Laval, insufflant à plusieurs étudiants l'amour de la nature et de la science en plus du respect de l'environnement.

Son activité créatrice s’est aussi manifestée au niveau artistique où il traduit son amour de la nature à travers des peintures représentant des fleurs multicolores et de riches paysages.

Il a été un travailleur infatigable tant pour lui-même que pour ses collaborateurs, occupé de rendre toute recherche utilisable. Il fut également un humaniste coloré, expressif, fidèle en amitié, soucieux des autres et doué d'un excellent sens de la communication. Il nous lègue donc à tous, la beauté de la découverte, de l'engagement social et humain en science.

De Sève Langlois